Le phénomène e-road

SAZbike Magazine  11 / 17.6.2019 FOCUS – Dossier à la une : Le phénomène e-road par Werner Müller-Schell, traduit de l’allemand par Simone Platel

A l’aube du grand boum ? Les vélos de route électriques sont considérés comme le dernier engouement sur le marché des vélos de route. Mais rien n’indique cependant que 2019 sera l’année des ventes spectaculaires qui pourraient bien encore se faire attendre. Petit état des lieux.


SAZbike Magazine  11 / 17.6.2019 FOCUS – Dossier à la une : Le phénomène e-road

Les préparatifs battent leur plein. C’est en effet le 19 octobre à Aix-les-Bains, France, à environ 30 kilomètres au nord de Grenoble, que se tiendra le tout premier Road E-Bike Grand Prix. A l’ouest des Alpes savoyardes, les amateurs et les coureurs amateurs s’affronteront sur  166 kilomètres.  Les participants devront avaler en une seule journée un dénivelé de pas moins de 4’036 mètres. Deux tours autour du lac du Bourget, composé de deux longues ascensions, qui pousseront l’humain et la machine au bout de leurs limites.

Une Formule 1 – exclusivement pour les coureurs cyclistes. Ou plutôt une formule E.

« Notre événement s’adresse  aux cyclistes équipés de vélos de route électriques « ,  explique Samba Ngwana à propos de ce projet. C’est lui qui, avec sa société Vital Coach Events,  organise cette course  symbolisant  la toute dernière tendance de l’évolution du monde du vélo de route : les vélos de route à assistance électrique.

Depuis environ deux ans maintenant, les vélos de route électriques constituent l’un des sujets les plus discutés dans l’industrie du vélo. Si bien que depuis lors,  presque tous les fabricants de vélos de route placent  la priorité sur les speedsters électriques. De Bianchi à Wilier – la plupart des marques les plus connues ont maintenant au moins un vélo de route électrique à leur catalogue ou en ont récemment présenté un prototype.

De nombreuses entreprises telles que Cannondale, Corratec ou KTM ont même déjà ajouté au moins deux nouveaux produits  à leur offre. Outre Mahle/Ebikemotion, le leader du marché parmi les fabricants de moteurs dans le domaine du vélo de route électrique, rien que Fazua  compte déjà 30 partenaires.

« Depuis l’été 2017, il s’est passé beaucoup de choses en Europe. Cette sous-catégorie est devenue un créneau qui doit être pris au sérieux – un créneau qui va continuer à prendre de l’importance « , confirme son porte-parole Felix Kuffner .
 

Une évolution qui n’a pas échappé à Samba Ngwana et son équipe d’Aix-les-Bains, en France, et qui leur a donné l’idée de mettre en place un format d’événement approprié à cette nouvelle catégorie de deux-roues : « Le Road E-Bike Grand Prix est une course qui rendra justice à la fois à la nouvelle technologie et aux possibilités qu’elle offre  aux vélos de route électriques. Le mode de fonctionnement se distingue des courses cyclistes classiques par le fait que nous nous appuyons sur une structure d’équipe similaire à celle du sport automobile.

De plus, l’utilisation judicieuse de la batterie permettra une répartition tactique de l’énergie encore renforcée par le changement de batterie à mi-course. Avec cette approche, nous voulons créer une plate-forme à long terme pour les fabricants de cycles et soutenir  cette  nouvelle technologie « , explique-t-il.

Petites quantités, immense  intérêt

Le Road E-Bike Grand Prix en tant que plate-forme, une idée qui ne laisse pas certains fabricants indifférents,  car malgré l’offensive des marques sur le marché en 2019, la grande arrivée des vélos de route électriques sur les routes n’est toujours pas un phénomène de masse et se fait encore attendre.

Selon les données de l’industrie des deux roues, le vélo de route électrique  permet de lisser les différences de performance, et l’on entrevoit donc l’accès à une nouvelle expérience de randonnée en  groupe.

Le tout 1er  Road E-Bike Grand Prix s’adresse à deux ou trois pour cent du marché allemand du vélo et, selon diverses estimations, les vélos de route électriques représentent actuellement une part tout aussi réduite de ce marché. La plupart des fabricants ne déclarent d’ailleurs que de petites quantités jusqu’à présent.

« J’ai le sentiment que les vélos de route électriques représentent cinq pour cent de nos vélos de route « , déclare Ralf Schüssler, porte-parole de presse pour l’Allemagne du constructeur italien Wilier, qui est représenté depuis cette année dans le commerce avec le « Cento1 Hybrid ». Même chez KTM – sur le marché avec au moins deux modèles, « Macina Mezzo » et « Macina Flite » on n’annonce pas de gros chiffres et le Directeur du Marketing Matthias Grick communique : « Actuellement nous parlons de 300 pièces pour notre modèle ‘Macina Mezzo’. Néanmoins, nous sommes bien équipés pour les années à venir  et pour réagir  si la demande vient à augmenter.

Grick explique l’écart entre l’enthousiasme de l’industrie et le nombre relativement faible d’unités par  une inertie typique du secteur des vélos de route quand il s’agit d’innovation. « Dans le monde du vélo de route, il faut toujours un peu plus de temps pour que les innovations soient acceptées. Le vélo de route électrique est parfaitement  logique. « Parce que, surtout quand il s’agit de vélos de route, il est nécessaire de créer un e-bike très léger » selon Grick qui souligne que l’intérêt des médias, des distributeurs et des clients finaux est en constante augmentation. « Rien que le fait d’avoir ce vélo à notre catalogue montre que nous sommes convaincus de l’augmentation de la demande « , ajoute-t-il.  

Les concessionnaires s’intéressent de plus en plus au sujet. De nombreux coureurs cyclistes restent sceptiques à l’égard du vélo de route électrique, et les sorties d’essai jouent ici un rôle de persuasion particulièrement important », rapporte Moritz Failenschmid, Directeur de marque chez Focus. Le fabricant allemand a été très satisfait de la présentation dans la catégorie du « Paralane² » l’été dernier.  « Nous avons décidé de le faire parce que nous croyons que nous pouvons rendre les clients de vélos de route électriques heureux de pouvoir rouler plus et profiter davantage « , poursuit-il.

Au vu de l’augmentation encore faible des parts de marché, il est raisonnable de supposer que de nombreux modèles ne pourraient être que des produits  » me-too  » pour être présents sur la tendance, mais les fabricants le nient fermement. « Nous sommes convaincus qu’il ne s’agit pas seulement d’une tendance, mais que la mobilité électrique- quel que soit le domaine – tient une place à part entière. Nombre de cyclistes dépassent leurs limites, en particulier lors de l’escalade de cols. Une assistance supplémentaire à l’ascension permettra à de nombreux clients de retrouver le plaisir de faire du vélo sans forcément se sentir dans la zone rouge. Le groupe cible est énorme. Je vois le vélo de route électrique comme le deux-roues parfait pour l’E-MTB avec la possibilité de lisser les différences de performance en montagne, afin de pouvoir faire du vélo ensemble « , dit Matthias Grick.

Même discours chez  Wilier :  » Nous parlons ici de nouveaux groupes cibles tels que les vétérans ou les femmes – de toute façon, le concept sera bien accueilli par les concessionnaires » confirme Ralf Schüssler. Corratec souhaite également développer de nouveaux groupes cibles. Les Bavarois ont lancé cette année leur offensive E-Road avec l’arrivée  de l »E-Corones et de l’E-Allroad (Gravel). « Le vélo de route électrique s’adresse à un nouveau groupe d’acheteurs. D’une part les débutants, mais aussi les personnes plus âgées, qui souhaitent continuer à  faire leurs parcours. Cela fait depuis plusieurs années que nous nous intéressons à l’électrique – le développement d’un nouveau secteur doit être planifié en conséquence et nécessite beaucoup de  flair », déclare Andreas Weigl, directeur marketing.

Un nouvel élan grâce à l’E-Gravel et l’E-Urban ?

Corratec est un exemple typique du fait que le marché du vélo de route en ligne pourrait se présenter de manières très diverses.  En effet, malgré le nombre encore restreint de ventes, cette toute jeune catégorie bénéficie d’un fort vent en poupe grâce à ce que l’on appelle le GravelBoom que connaît déjà le vélo de route classique. De plus en plus de constructeurs ne se contentent pas de lancer des vélos de route électriques classiques, mais aussi, comme dans le cas de Corratec, des modèles E-Gravel capables d’affronter aussi des parcours caillouteux. « Nous observons avec attention l’évolution des vélos de route électriques.

« Nous pensons qu’ici, comme pour les vélos de route, des catégories distinctes vont émerger « , confirme Moritz Failenschmid, expert Focus. Le modèle « Paralane² » accepte déjà une largeur de pneu allant jusqu’à 35 millimètres. « En matière de taille des pneus notamment, les Gravel s’élargissent de plus en plus et finissent parfois par se confondre avec des hardtails. Si toutefois, le développement de Pure Gravel est basé sur E-Gravel, les pneus s’élargiront dans certains cas et exigeront aussi de nouvelles fourches qui ne s’adapteront plus au vélo de route électrique classique. » Mais nous entrevoyons une géométrie similaire, plutôt axée sur l’endurance, poursuit-il.

L’E-Gravel n’est qu’une des directions qui étend  la catégorie des vélos électriques et pourrait rendre plus acceptable le vélo de route électrique. Une autre voie encore réside dans le groupe croissant de produits non classés des vélos hybrides E-Road-Urban. Ce sont des vélos de route présentant  des caractéristiques générales de tout-terrain et des éléments typiquement urbains tels que porte-bagages ou garde-boue.

A coup sûr, le vélo de route électrique a un bel avenir et va s’imposer dans le monde du vélo.

Un exemple : le « Ten Torino » de Coboc, un vélo de route électrique doté de pneus de vitesse « G-One » de Schwalbe plus larges  et d’un équipement adapté à la vie de tous les jours qui constitue  l’équilibre entre E-Gravel  et un vélo de ville.  Le « Macina Flite » de KTM joue lui aussi à associer des éléments typiques de la course comme le guidon de course,  avec  un garde-boue inclus dans l’équipement de base. De plus, selon l’expérience acquise jusqu’à présent par les constructeurs, les vélos de route électrique classiques sont également utilisés en ville. « Il y a de plus en plus de gens qui achètent un vélo de route électrique et qui sont à la recherche d’un vélo électrique léger pour la ville. Le vélo de route électrique ou le E-Gravel offre là une excellente alternative à un vélo classique » confirme Andreas Weigl, expert chez Corratec.

Enfin, et ce n’est pas le moins important, le secteur des moteurs contribue également à la poursuite de l’innovation. Fazua et Mahle/Ebikemotion sont maintenant confrontés à une forte concurrence par d’autres marques telles que Bafang ou Bosch, tout comme la diversité des moteurs pourrait tôt ou tard exploser pour l’E-Mountainbike : « Nous nous trouvons à un stade de l’histoire où les tendances en matière de moteurs peuvent largement se diversifer.Certains fabricants poursuivent  une sorte de course à l’armement en termes de capacité des batteries, d’autonomie et de puissance des moteurs, tandis que d’autres se focalisent sur l’intégrabilité, la légèreté et l’agilité.

« C’est intéressant de voir la différenciation existant aujourd’hui entre les différents  constructeurs de moteurs »,  déclare  Felix Kuffner, le porte-parole de Fazua pour la presse. « Pour l’instant, deux versions de systèmes font référence en la matière : le moteur à roue arrière et les petits moteurs intermédiaires compacts. Il est tout à fait possible que cela change, car les versions S-Pedelec auraient certainement beaucoup de sens – tout comme les moteurs plus petits, plus légers, mais toujours puissants, qui peuvent être portés sans problème au-dessus des valeurs légales, » ajoute Uwe Weissflog, attaché de presse chez Bafang.

Une place bien ancrée sur le marché des vélos de route

Nouveaux modèles, nouveaux groupes de modèles, nouveaux moteurs – l’industrie est convaincue que l’importance du vélo de électrique va continuer à se développer. « Nous sommes convaincus que le vélo de route électrique permet aux gens de vivre plus d’expériences ensemble. Par conséquent, il va s’implanter sur le long terme – même si naturellement il n’atteindra pas l’importance du segment E-MTB », estime Moritz Failenschmid, expert chez Focus. Matthias Grick, de KTM, est aussi convaincu que  » dans quelques années, il ne sera plus question de savoir si le vélo de route électrique peut connaître une évolution positive, mais plutôt si  les ventes des fabricants sont une preuve évidente de succès ». Et Andreas Weigl, directeur marketing de Corratec, de déclarer : « Le vélo de route électrique est tout neuf et vient tout juste d’être lancé. Nous allons continuer à travailler dessus et à développer nos produits. »

« A notre avis, le vélo de route électrique a un bel avenir et il va s’établir fermement dans le monde du vélo. » Uwe Weissflog, attaché de presse de Bafang transmet  l’optimisme du fabricant de moteurs et résume: « Le sujet des vélos de route électriques dans son ensemble en est encore à ses balbutiements.  » 

Mais vous pouvez déjà voir lors d’événements comme le Road E-Bike Grand Prix que beaucoup de choses se passent dans le domaine de la compétition. Et cela continuera à stimuler le monde des cycles, des moteurs et des transmissions, ainsi que la demande du côté des consommateurs. Comparé aux autres catégories de vélos, le vélo de route – et donc le vélo de route électrique – joue certes dans une niche, mais une niche lucrative s’adressant à une clientèle aisée. »

Quant à la première édition du Road E-Bike Grand Prix le 19 octobre à Aix-les-Bains, en France, lui et son équipe rêvent déjà d’une série européenne, voire mondiale, de vélos de route électriques. « En 2020, nous voulons déjà être présents dans quatre pays d’Europe.En plus de la France, il devrait y avoir l’Allemagne, l’Italie et la Suisse « , dit-il. A long terme, Ngwana pourrait même imaginer une série de courses mondiales – par exemple avec des stations au Moyen-Orient. L’organisateur de la course est certain que les vélos de route électriques ne sont pas un phénomène temporaire. « Nous pensons que les vélos de route électriques ne sont pas seulement une tendance, mais bien plus encore. À long terme, ils apporteront une toute nouvelle dimension au cyclisme. »

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